Marathon de la Parole: 2020 - heure 42
De Romains 14,1 à Corinthiens I 7,40


Quelques commentaires et référence pour accompagner la méditation...


Lecteur: 1



Bible des peuples : Les auditeurs de Paul étaient-ils vraiment différents de nous ? Après avoir entendu rappeler tant de grandes vérités, seraient-ils capables de raboter les aspérités qui ne favorisaient pas la vie de la communauté ? Soyez compréhensifs avec celui qui n’a pas une foi solide. Les chrétiens de Rome se recrutaient surtout parmi les étrangers. Juifs ou “Grecs”, ils venaient de différentes cultures et religions et n’avaient pas rejeté en bloc leurs anciennes coutumes. Si les Juifs voulaient des viandes spéciales, les végétariens venaient compliquer le problème. Si les Juifs avaient leur sabbat, d’autres avaient leurs jours “fastes” et ceux de mauvais présage. Le premier jour, on était courtois les uns avec les autres ; ensuite, l’orgueil aidant, on ne manquait pas de provoquer son prochain “par esprit de foi”. Paul nous rappelle ce que Jésus avait enseigné (Marc 7.19) : il n’y a pas d’aliments ou de boissons interdits. Mais il repousse les discussions sur le sujet. Pourquoi critiquer ton frère ? Celui qui a surmonté les préjugés doit respecter la conscience d’autrui. Chacun sacrifiera son propre goût lorsque c’est nécessaire pour le bien commun. Les mêmes difficultés se présentent aujourd’hui quand des chrétiens différents de culture et de race doivent vivre côte à côte (ailleurs, c’est la diversité politique qui remplacera les “légumes” dont parle le texte, comme facteur de division) : c’est l’occasion de se montrer respectueux les uns des autres.;



Lecteur: 3



Bible des peuples : Ce dernier chapitre de la lettre aux Romains manque dans le plus ancien papyrus que l’on ait conservé des lettres de Paul, lequel ne garde que l’hymne final 16.25-27. Par ailleurs ce chapitre semble ajouté après la bénédiction de 15.33. Tout au long de la lettre, Paul s’adressait avec beaucoup de calme et de prudence à une Église qu’il n’avait pas fondée et qu’il ne connaissait pas, et voici qu’il envoie des salutations à quantité de personnes qui lui sont proches. Un peu plus tard il adresse une ferme mise en garde (17-19). L’explication la plus convaincante est que Paul, écrivant de Corinthe cette lettre aux Romains, en a envoyé une copie à Éphèse qu’il avait quittée un an auparavant. La version destinée aux Romains est celle du papyrus ancien. Le texte traditionnel plus long est la copie envoyée à Éphèse ; Paul avait dû y ajouter cette page personnelle : 16.1-24.;



Lecteur: 4



Bible des peuples : Certains parlent des premiers chrétiens comme s’ils avaient été des modèles de toutes les vertus. La Première Lettre aux Corinthiens nous montrera que ces croyants des premiers temps avaient comme nous leurs faiblesses et que la foi n’avait pas supprimé le poids des réalités humaines. Corinthe avait, entre les villes de la Méditerranée, son visage particulier. Ville située sur une langue de terre séparant le Golfe de Corinthe à l’ouest, du Golfe Saronique à l’est, elle avait profité de sa situation privilégiée. Les deux ports de l’ouest et de l’est avaient été réunis par une sorte de voie dallée sur laquelle on tirait les bateaux au moyen d’énormes chariots traînés par des bœufs. Ainsi les marins s’épargnaient le tour de la Grèce par le sud : traversée bien longue pour l’époque et non sans dangers. Mais évidemment, pour passer il fallait payer, ce qui rapportait à la ville ; le transport exigeait une nombreuse main d’œuvre, c’est-à-dire à l’époque beaucoup d’esclaves. La ville possédait depuis longtemps un sanctuaire païen consacré à la déesse Aphrodite, la déesse de “l’amour” chez les Grecs, autour duquel s’était développée — l’argent aidant — une prostitution qui n’avait de sacré que le nom. Au temps de Paul, ces prostituées se comptaient par milliers. Enfin, tout près de Corinthe, des manifestations sportives se célébraient tous les deux ans, semblables aux jeux olympiques actuels. Elles attiraient des foules entières qui devaient se loger comme elles le pouvaient dans les environs de la ville : beaucoup logeaient sous la tente à cette occasion. On remarquera dans ces deux lettres de Paul des allusions très claires à ces différents aspects de l’histoire de Corinthe : l’argent, l’esclavage, la prostitution et les jeux du stade. À Corinthe, Juifs et païens convertis par Paul formaient une Église dynamique quoique peu ordonnée. Après l’enthousiasme des premières années, beaucoup d’entre eux s’étaient laissés reprendre par leurs vices et leurs coutumes païennes, et les responsables de la communauté ne se sentaient pas capables de faire face à toutes les difficultés : divisions internes ou doutes concernant la foi. Ils firent donc appel à Paul. Retenu à Éphèse par son travail apostolique, il leur envoya en réponse cette lettre. On remarquera l’autorité avec laquelle l’apôtre s’adresse à l’Église au nom du Christ, ainsi que sa façon d’enseigner : avant de répondre directement à une question, il commence toujours par réaffirmer les bases de la foi. Les doutes des Corinthiens, plongés dans un monde païen, touchaient des sujets qui sont de nouveau d’actualité ou discutés parmi nous : - le célibat et le mariage, - les problèmes de coexistence avec les non-croyants, - l’ordre des assemblées d’Église, tant pour la célébration de l’eucharistie que pour l’exercice des “dons spirituels”, - la résurrection des morts.;



Lecteur: 5



Bible des peuples : Je me sentais faible, j’avais des craintes. Paul devait se sentir bien faible lorsque pour la première fois il apportait l’Évangile à une cité grecque brillante, habituée à l’esclavage et à l’immoralité. Nous éprouvons les mêmes sentiments dans l’évangélisation du monde moderne ; se préparer est important, mais qu’appelons-nous : se préparer ? Apprendre comment présenter le message est moins important qu’en avoir fait l’expérience. Paul nous invite à accepter le mystère de la croix et à y trouver la force de l’Esprit. Ce fut une démonstration d’Esprit et de puissance (voir 1Thessaloniciens 1.5) : les miracles et les signes de l’Esprit, la force de la prière et de la souffrance. L’Esprit n’est communiqué qu’après l’agonie et la mort de Jésus. Mais, avec l’Esprit, nous pouvons tout espérer. Les guérisons et les miracles ne servent à rien (le diable les utilise à ses fins) s’ils ne confirment pas la foi en celui qui agit par les humbles et qui est présent chez les pauvres.;



Lecteur: 5



Bible des peuples : Tel un bon architecte, j’ai posé le fondement. Paul fondait les Églises et d’autres ensuite les visitaient et les organisaient : apôtres, prophètes ou maîtres qui prêchaient et encourageaient les fidèles. Paul n’était pas jaloux ; mais il pouvait arriver que le visiteur cherche son propre succès, oubliant que l’Église n’appartient qu’à Dieu. De leur côté, les croyants ne manquaient pas de comparer les apôtres entre eux et beaucoup le faisaient avec une grande ignorance de ce qu’est la tâche apostolique. Le feu permettra de voir ce que vaut le travail de chacun (13). Une image riche en suggestions. Pour Paul comme pour ses lecteurs, le jour du jugement était tout proche : tous pensaient que Dieu allait détruire et purifier le monde par le feu. Dans cette perspective, Paul dit que tout ce qui, dans l’Église, n’a pas été bâti selon la volonté de Dieu sera détruit par le feu (que de projets apostoliques qui n’étaient que rideau de fumée, combien de tonnes de documents juste bons pour le feu !). Servir le Christ sans avoir des intentions vraiment pures, ce n’est pas assez pour mériter l’enfer, bien sûr, mais il faudra souffrir une purification personnelle. Ce texte appuie la croyance au purgatoire, c’est-à-dire une purification douloureuse à l’heure de la mort pour tous ceux dont la transformation par l’Esprit de Dieu sera restée à mi-chemin (voir commentaires de Matthieu 5.21).;



Lecteur: 6



Bible des peuples : Le verset 4.2 semble reconnaître le droit qu’a la communauté de juger l’administrateur, mais en 4.3 Paul dit que peu lui importe le jugement de la communauté. La contradiction n’est qu’apparente. La communauté fait bien en demandant des comptes, mais l’apôtre n’a pas travaillé en vue d’obtenir ce satisfecit : il n’a cherché que la vérité et la justice de Dieu. Ce sera encore dans l’ordre si la communauté approuve ses médiocrités et critique ce qui venait de l’Esprit de Dieu : car l’envoyé n’est pas au-dessus de son maître.;



Lecteur: 7



Bible des peuples : Paul sait qu’un tel pécheur ne se repentira pas avant d’avoir bu toute l’amertume de son péché. C’est pourquoi la communauté doit demander qu’il soit frappé dans sa personne, dans ses biens (voir le sens de livré à Satan dans Job 1.12 ; 2.6). Cette “excommunication” n’a pas seulement une valeur sociale : que la communauté cesse d’avoir des rapports avec lui. Ce que l’Église lie sur terre sera tenu pour lié dans le ciel ( Matthieu 18.18). Si elle a agi dans la foi, Dieu enverra au coupable des épreuves qui seront un avertissement pour la communauté et, pour lui, la voie du repentir.;



Lecteur: 7



Bible des peuples : Comme notre vie de tous les jours est loin de ce que nous prétendons être : enfants de Dieu re-nés de l’Esprit ! Qu’en pensent les membres de notre propre famille, qu’en pensent nos voisins de palier ? Paul ne peut que montrer la contradiction entre le mépris des croyants pour la fausse “justice” de ce monde, leur renoncement aux biens de ce monde, et le fait d’avoir ensuite des procès entre eux. Que faire ? Régler leurs différends de la façon qu’indique l’Évangile ( Matthieu 18.15), dans la mesure où il y a réellement communauté ? Que ce serait beau de suivre l’Évangile à la lettre : Matthieu 5.40 !;



Lecteur: 8



Bible des peuples : Paul se retrouve avec le même problème qui l’avait amené à intervenir en 1Thessaloniciens 4. Pour les Juifs, le critère de toute moralité se trouvait dans les commandements de la Loi : on ne se demandait pas trop dans quelle mesure ces commandements reflétaient un ordre éternel ou seulement la façon de penser d’un temps et d’une culture. Était péché ce que la Loi, interprétée par la communauté religieuse, condamnait. Mais les Grecs, les païens, ne connaissaient pas cette Loi. Paul rappelle les commandements en matière sexuelle (5.11 et 6.10 ; Éphésiens 5.3), comme Jésus l’avait fait (Marc 7.21), mais il se garde bien d’en faire le seul critère de ce qui est bon et mauvais. Pour lui, ce qui oblige le chrétien à contrôler, et même à freiner très fortement ses instincts, c’est sa vie “dans le Christ”, une vie qui répond à un appel de Dieu plus qu’elle n’obéit aux exigences de la nature. _DES BASES POUR LA MORALE SEXUELLE _Morale sexuelle (des bases pour la) La façon de répondre de Paul nous intéresse particulièrement aujourd’hui dans la crise universelle de la morale. Depuis des siècles, par nécessité, la sexualité a été vue avant tout comme le moyen de procréer : à partir de là on a cherché quelle était la loi naturelle ordonnant sexe, plaisir et procréation. C’est vrai que sexualité et mariage trouvent leur fin dans la procréation et la famille, mais aujourd’hui, dans la psychologie du couple, l’union n’est pas d’abord pour procréer, même si la procréation est désirée. L’évolution culturelle et la promotion féminine ont fait de l’union sexuelle, pour un nombre toujours plus grand de couples, le lieu d’un échange humain exceptionnellement profond. Dans le même temps, la libération des personnes — et celle des femmes qui portent tout le poids de la maternité — a jeté le doute sur les normes morales antérieures dans la mesure où on les voyait liées à un temps et à une culture. Les divers pays se voient obligés de prendre en compte l’homosexualité, l’avortement décidé par la mère, le choix de la maternité sans mariage. Les chrétiens ont des références religieuses que les autres n’ont pas pour affronter cette mise en cause de la moralité. Mais s’ils n’ont pas d’autre motivation que l’existence d’une loi naturelle valable pour tous, il faudra des discussions longues plus que convaincantes pour parler d’une sexualité qui se limite à la procréation, et seulement à l’intérieur du mariage. Ils devront donc faire ce que fait Paul : sans oublier les lois inscrites déjà dans l’Ancien Testament, reconnues par les apôtres et la tradition de l’Église jusqu’à nos jours, on redira que la conduite sexuelle du chrétien obéit d’abord à une logique de la foi en Jésus-Christ. On cherchera moins à définir ce qui est “bien” ou “mal”, qu’à montrer où doit nous aboutir l’exercice et l’expérience de l’amour et de la sexualité. Proclamer des principes moraux sur la sexualité sans révéler d’abord la dignité éminente de notre humanité créée à la ressemblance de Dieu, et ensuite consacrée au Christ par le baptême et la conversion, c’est vouloir récolter les fruits sans avoir planté l’arbre.;