Marathon de la Parole: 2020 - heure 22 De Sagesse 3,1 à Isaie 41,29
Quelques commentaires et référence pour accompagner la méditation...
Lecteur: 2
Bible des peuples : Les prophètes se référaient souvent à un jugement de Dieu qui se réaliserait sur terre, punissant les nations et les pécheurs. À partir de là Dieu redresserait l’histoire humaine. Un voile couvrait leurs yeux et les empêchait de poser la question qui pour nous est essentielle : Qu’y aura-t-il alors pour ceux qui meurent avant le grand jour ? On préférait se concentrer sur la tâche présente que Dieu avait confiée à son peuple et lui laisser le soin du reste. Mais ici le livre nous montre le juste se relevant plein d’assurance face à ceux qui l’ont persécuté. Il y a bien une vie pour toujours auprès de Dieu (15). L’auteur ne se risque pas à imaginer le monde céleste. Il lui suffit d’avoir affirmé l’autre vie qui n’a pas de fin, et il préfère garder les images apocalyptiques du jugement : Dieu détruit les forces ennemies et laisse déserte la terre souillée par le péché (Isaïe 24.1-6). Remarquons cependant comment la nature entière participe au combat de Dieu (20-23) ; cela ne vaut-il pas pour les temps actuels, tout comme pour ceux du passé ? Cette façon d’aborder la question de l’autre vie et de l’après-monde n’est pas propre au livre de la Sagesse, on en retrouve bien des éléments dans le Nouveau Testament. On pensera tout de suite à la parabole du jugement en Matthieu 25.31, avec cette différence : alors qu’ici s’opposent persécuteurs et persécutés, Jésus, lui, distingue entre ceux qui ont aimé leur prochain et ceux qui ne l’ont pas fait. Au verset 5 le juste est admis parmi les fils de Dieu et les saints. On sait que dans l’Ancien Testament ces deux termes désignent les esprits célestes : voir Luc 20.36. Face à ceux qui l’ont persécuté (1) Dans ce texte le souvenir des croyants persécutés au temps des Maccabées (et sans doute aussi de ceux qui furent les victimes des dictateurs juifs asmonéens) est encore frais. N’oublions pas que si nous pouvons être à la fois chrétiens et en paix, dans quantité de pays nos frères chrétiens souffrent et meurent victimes de persécutions dont les journaux parlent très peu. Comme nous avons erré loin de la vérité ! Ce jour-là, nous ne porterons pas les masques qui dissimulent ici-bas les intentions mauvaises et la bassesse. Alors les méchants se rendront compte du vide de leur existence : à peine nés, nous avons disparu. Les Grecs d’alors niaient les châtiments divins : le châtiment, disaient-ils, vient des lois de la nature ou de notre mauvaise conscience. L’auteur entre dans cette perspective : les impies se sont jugés eux-mêmes. Plongés dans la lumière de Dieu, ils ont vu le néant qu’était leur vie, il n’en reste rien : face à eux se dresseront leurs crimes (4.20). Et ils ne sont plus rien : à peine nés, nous avons disparu (5.13).;
Lecteur: 3
Bible des peuples : Le discours qui suit s’adresse théoriquement aux rois. Puisque l’auteur s’est dissimulé derrière le personnage de Salomon, (voir l’Introduction), il lui faut rester fidèle à sa fiction. C’est donc Salomon qui s’adresse aux rois ; il leur fait un discours destiné en fait aux sages. L’auteur reprend les spéculations grecques sur l’ordre du monde afin d’en redresser les erreurs.;
Lecteur: 6
Bible des peuples : Cette prière fait allusion au rêve dans lequel Salomon demanda à Dieu la sagesse (1Rois 3.6). Chacun d’entre nous a reçu mission pour bâtir un Temple dans la Cité céleste ; c’est une folie que de vouloir construire seul sa propre vie, c’est folie que de rêver au lieu de lutter.;
Lecteur: 7
Bible des peuples : DIEU AU FÉMININ Tout le présent discours sur les œuvres de la Sagesse reprend, sous une autre forme ´ce que nous lisions dans le grand poème de Proverbes 8.22-36. On en avait l’ébauche en Job 28 et on en retrouvera quelques restes en Baruch 3.9-4.4. À propos de Proverbes 8.22-36 nous avons noté l’insatisfaction des croyants devant l’image et les noms d’un Dieu autoritaire tout autant que solitaire : il fallait exprimer la présence divine dans le monde, dans le foisonnement de la vie et les féeries de la création. Sans doute faut-il aller plus loin dans la même ligne et parler du malaise créé à la longue par l’image masculine de Dieu. Car Dieu ne tolérait pas d’être représenté, mais tout ce qu’on avait écrit sur lui et toutes les interventions qu’on lui prêtait faisaient de lui un personnage masculin, habitué à commander et à punir, dont l’autorité était le modèle parfait du pouvoir absolu. Le Dieu mâle était la garantie d’une société patriarcale dans laquelle seul le père de famille était réellement à l’image de Dieu, la femme n’y ayant ajouté que le péché. Les prophètes avaient lutté contre les dieux cananéens, protecteurs des vices et des attentats contre la vie. Mais la tradition cananéenne qui voulait toujours des divinités par paires, chaque dieu face à sa déesse, était une façon de ne pas enfermer le mystère divin dans le moule masculin. Et parce que l’homme est créé à l’image du vrai Dieu, lequel transcende la division des sexes, il fallait retrouver aussi en lui la femme. Lorsque s’est développée cette littérature de sagesse, dans les trois derniers siècles avant le Christ, le culte de certaines déesses était omniprésent au Moyen Orient, tout spécialement Ishtar (l’Astarté de la Bible), et Isis. C’est à elles que s’adressaient les plus belles prières de ce temps. On comprend donc que dans les textes bibliques sur la Sagesse une pulsion impérieuse se soit exprimée : il fallait récupérer une dimension du vrai Dieu, non seulement sa capacité d’entrer en communion avec ses créatures, mais aussi sa féminité. Lorsque nous lisons ces poèmes, il nous est difficile de situer cette Sagesse divine dans une catégorie précise : Est-ce qu’elle désigne l’ordre cosmique établi par Dieu ? Est-elle une première créature de Dieu ? Est-elle une figure de la Loi ? Désigne-t-elle une personne divine en Dieu même (ce qui serait inadmissible pour la pensée juive) ? On trouvera aisément des mots et des versets qui permettent toutes les réponses. Les auteurs de Proverbes 8 et de Sagesse 6-10, sans doute, nagent entre ces possibilités. Chez Sirac (24.23) et Baruch (4.1) elle n’est que le livre de la Loi. En Proverbes 8.22 la Sagesse est cosmique et créée, mais tout spécialement dans Sagesse 10 on lui attribue toutes les actions qui dans la Bible étaient propres à Yahvé : elle relève Adam de sa faute, elle reconnaît le juste Abraham, elle délivre Jacob. Pour Noé, elle est bien dans son rôle car le péril en mer n’entrait pas dans les attributions de Yahvé sauf en Sagesse 14.3 et dans Psaume 107(106).22-30 : c’est un salut qu’on demandait aux déesses. Mais aussi la Sagesse sauve Israël de ses oppresseurs et lui fait passer la Mer Rouge, elle se charge de faire justice des rois qui ne font pas leur devoir… Ne faudrait-il pas dire que dans l’inconscient de l’auteur cette Sagesse était le masque féminin du Dieu unique ? L’usage du mot féminin a permis de souligner davantage tout ce qui, dans l’action divine, n’était pas autoritaire, institutionnel et violent : la sagesse enseigne ses fils, elle est source de vie (Proverbes 8.35), elle invite au banquet (Proverbes 9.4). Il ne faudra pas s’étonner si l’Église des apôtres reprend les qualificatifs de la Sagesse et les mots qui définissaient son action pour les appliquer à Jésus : voir la note en Jean*7.34. Ce n’est pas par hasard que la tradition orientale a gardé le mot Sophia (Sagesse) pour désigner le Fils, plutôt que le mot Verbe de Dieu. D’ailleurs, c’est ainsi qu’il est nommé en Luc 11.49.;
Bible des peuples : La Sagesse de Dieu est toujours à l’œuvre. On ne peut pas évaluer les événements au moment même où ils arrivent : l’histoire les mettra peu à peu à leur vraie place. L’histoire du peuple de Dieu nous montre qu’un plan de Dieu se développait point par point, même si le peuple était libre et souvent se rebellait. Beaucoup d’éléments entrent dans le plan de Dieu : péché, châtiment, pénitence et pardon.;
Lecteur: 8
Bible des peuples : Première partie du Livre de la Consolation : Préparez-vous pour un nouvel Exode (Isaïe 40.1—48.22). Le prophète s’efface volontairement derrière cette voix anonyme et mystérieuse chargée de proclamer la miséricorde de Dieu et le salut qu’il apporte à son peuple. Parlez au cœur de Jérusalem, criez-lui que sa dette est payée. Yahvé a pardonné à son peuple et c’est pourquoi il va les rétablir dans la Terre Promise. Qu’ils ne se laissent pas impressionner par le prestige de l’invincible Babylone : toute chair est comme l’herbe, la ville célèbre n’est qu’une construction humaine, et elle passera comme l’ambition des hommes (voir Jacques 1.10). Par contre les promesses de Dieu se réaliseront. La voix mystérieuse proclame le retour triomphant des exilés. Le chemin aride et dangereux du désert sera aplani pour eux et le retour sera triomphal. Pour tous les peuples du monde (toute chair), les merveilles seront si évidentes que tous découvriront le Dieu unique. Ensuite, à travers le temps et l’espace, le prophète s’adresse à la nouvelle communauté qui va naître, pour lui annoncer la Bonne Nouvelle. Ce terme, qu’on traduira plus tard par : Évangile, apparaît ici dans la Bible pour la première fois. Consolation est un autre mot nouveau. Dans la Bible, ce n’est pas un appel à la résignation, ou à une attente passive : Dieu nous donne la force de poursuivre notre mission. Ainsi, dans les chapitres suivants, le prophète encouragera les Juifs à retourner chez eux, en dépit des difficultés. Nous retrouverons dans les lettres de Paul ces termes “consoler” et “encourager”. Et lorsque Paul nous promet la “consolation de Dieu”, il nous invite comme les prophètes à lutter avec persévérance contre les forces du mal. Ouvrez dans le désert la route de Yahvé. Le prophète voyait Yahvé marchant en tête de son peuple pour le conduire à sa patrie définitive. Pourtant, lorsque les exilés arrivèrent en Palestine, ils se rendirent compte qu’ils n’avaient pas trouvé Dieu, ni leur patrie définitive : il manquait encore quelque chose qui ne s’accomplirait que des siècles plus tard. Un jour on entendra dans le désert la voix de Jean-Baptiste, et c’est alors que Dieu viendra et que tous le verront, comme le note l’évangile (Luc 3.4).;
Lecteur: 9
Bible des peuples : Cyrus, futur libérateur. Tout le chapitre suppose que sa victoire est annoncée bien à l’avance. Le prophète apostrophe à la fois Israël (8-20) et les païens à qui leurs dieux n’avaient rien annoncé. On notera le contraste entre 41.14 et 41.17. Dieu console les siens, mais les faveurs que sa Providence réserve aux pauvres, perdus ou isolés ne doivent jamais leur faire oublier que Dieu a besoin d’eux pour refaire le monde. Ils ne le feront pas eux-mêmes, mais Dieu le refera en se servant d’eux. Yahvé est le Rédempteur. Le rédempteur est celui qui libère, ou venge un membre de son clan. C’est celui qui rachète l’héritage aliéné. De façon spéciale, le rédempteur d’une veuve sans enfants est celui qui l’épouse et reprend l’héritage ; déjà ce terme prépare les pages où Israël sera traité comme la femme appelée à de nouvelles noces. Sur le sens du verbe racheter, voir la note en Matthieu*20.28.;